
Les mois de février et mars auront été des mois Butterfly. Cela faisait une éternité que je n'avais pas écouté cet opéra, resté que j'étais sur une impression de guimauverie. Comme souvent les meilleurs oublis font les meilleures retrouvailles.
L'Opéra de Paris a remonté sa plus ancienne production en activité, le Madama Butterfly de Bob Wilson, et EMI ressort un enregistrement studio de cet opéra.
Pas de révélations fracassantes à faire sur cet opéra. Il est guimauve mais concis, l'explication est amusante : Puccini pensait que le théâtre oriental était très court, car on lui avait présenté des compilations de pièces tronquées. Il n'a donc pas cessé de tarabuster son pauvre librettiste pour qu'il coupe tout ce qui était coupable et se concentrer sur une action ramassée. Et c'est génial ! Imaginez, on a échappé à une bonne heure de misérabilisme :) Et c'est vrai, ça fonctionne bien comme cela, cette pièce qui avance en ligne droite, sans digressions.
Est-ce que j'aime Bob Wilson ? Bof, la première fois que j'ai vu une de ses mises en scène, j'ai été conquis. Il faut reconnaître que c'est visuellement génial, et qu'il y a quelque chose dans l'air du temps à cet orientalisme abstrait, ces poses hiératiques avec langage corporel codifié, ces couleurs très mode Kenzo. Le souci est qu'à voir un second spectacle, puis un troisième, on s'aperçoit que c'est toujours la même chose. Il a son truc, ses éclairages tranchés en bleus et rouges, mais une fois qu'on a vu une de ses mises en scène, on les a toutes vues. En plus, je conseille au public de connaître déjà la pièce, je pense par exemple que son Ring de Wagner est incompréhensible pour quelqu'un qui débarque (je n'avais vu que Siegfried).

Pour Madama Butterfly, l'idée de lui confier cette mise en scène est géniale. Le succès de la pièce originale était du, d'après témoignages, à la scène de la veille de Butterfly à l'aube. Cela avait beaucoup frappé les spectateurs visuellement, par la gradation de la lumière avec le soleil qui se lève sur le Japon, prouesse rendue possible par la nouveauté de l'éclairage électrique des scènes de théâtre. Or, Bob Wilson est bien le maître de la lumière. Sa mise en scène pourrait s'intituler : Madama Butterfly, un siècle d'éclairages électriques. Il partage aussi avec Puccini l'engouement pour l'art oriental, aussi vrai aujourd'hui qu'à l'époque de l'écriture de l'opéra. Et comme Puccini, sa vision de l'Asie est fantasmée et ancrée en occident. Alors, mise en scène idéale ? Pas vraiment. Une réussite, je dirais, mais avec des défauts. Le statisme forcé du dispositif rend difficile de faire passer de l'émotion, or le ressort de Butterfly est quand même le mélo le plus sirupeux. Pas facile. Heureusement, à Paris, Cheryl Barker, grande habituée du rôle et de cette mise en scène (ça existe en DVD Opus Arte) est parvenue à fendre la coque qui lui est imposée grâce à sa voix. Et en trichant un peu : Bob Wilson ne devait pas être dans la salle et quand le chat n'est pas là, les souris dansent (au sens littéral de l'expresson). Certaines gestuelles étaient humaines et pas du tout wilsoniennes. Parfois, un chanteur, se retrouvant en situation de faute changeait en vitesse de position pour se retrouver en statue wilsonnienne du mieux qu'il le pouvait, l'air innocent. Touchant, ces chanteurs pris en défaut de théatralité excessive :) . Dernier défaut : cela a un tantinet vieilli, depuis le milieu des années 1990. Ses éclairages de la femme sans ombre de la saison dernière étaient bien plus travaillés et aboutis. Ici, dans cette Butterfly, c'est un brutal.
La distribution (Cheryl Barker, Carl Tanner, Helene Schneiderman, Frank Ferrari), sans être la plus marquante de tous les temps, était excellente et crédible.

Ma bonne surprise est venue de l'orchestre. Puccini, c'est bien écrit, en réalité, quels que soient mes préjugés idiots sur la question. L'utilisation d'orientalismes l'a forcé à faire preuve d'un peu d'imagination, c'est une belle orchestration au service des voix. En salle, l'effet spatial de cette musique est bluffant. Belle direction de Vello Pahn.

Ce qui me permet de faire la transition sur la version studio EMI, dont le grand intérêt est orchestral. Antonio Pappano dirige l'Académie Sainte Cecile de Rome. Il connaît son Puccini sur le bout des doigts et il en donne une lecture magistrale, galvanise son orchestre et détaille la partition avec une précision folle en conservant tout le lyrisme. Fascinant, une leçon de transparence orchestrale. Il donne de la vie à la partition, et fait de cette Butterfly un beau théâtre intimiste en utilisant l'effet studio de façon subtile. Angela Georghiu est excellente. Elle ne chante pas le rôle sur scène mais fait ici une belle performance vocale et théâtrale, avec comme seul défaut un côté altier pour la fragile Butterfly. C'est une grande Tosca qu'on entend. Jonas Kaufmann est extraordinaire (y a t'il besoin de le préciser ?) en Pinkerton, idem pour le reste du cast (Enkelejda Shkosa, Fabio Capitanucci).
Avec tout ce luxe, j'ai fait une jolie redécouverte d'opéra.
4 commentaires:
Pour avoir joué des extraits de Mme Butterfly en orchestre il y a quelque temps, je confirme que l'écriture orchestrale de Puccini est d'un raffinement extrême. Et pas si guimauve que ça si on écoute le dissonances habilement cachées dans l'harmonie.
Bienvenue :)
Mon billet est mal fichu, mais c'est ce que je voulais dire : je n'en suis pas revenu de la musique. Puccini vaut bien mieux que ce qu'on peut penser de lui quand on est une collection de préjugés comme je le suis :S
Oh, je ne suis pas le premier (ou le seul, comme on voudra) à commenter ! :D
Oui, Puccini, c'est admirablement écrit ; oui, Pappano est l'un des plus grands chefs de tous les temps, même avec un orchestre comme Sainte-Cécile, il produit des choses miraculeuses.
Il n'empêche que Butterfly demeure un long mélo pénible, comme tu l'as très bien souligné.
En fait, tu as tout dit.
Oui, c'est le début d'un succès que rien n'arrêtera ! L'invasion des commentateurs de tous bords et de tous âges et la gloire suprême pour cette page !
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