vendredi 8 juin 2007

Lohengrin de Wagner - Bastille


Photo : Ben Heppner au maximum de ses talents d'acteur !

Dans la course de mon retour dans les salles de concerts, je dois quand même dire quelques mots sur ce Lohengrin chanté en ce moment à Bastille. Une fois de plus, je vais être bon public et dire que tout m'a plu, car c'est le cas. Les parisiens sont vraiment des enfants gâtés au niveau de l'opéra cette saison, et la prochaine saison de Bastille est encore plus époustouflante !

Peut-être qu'en Grande Bretagne, en Autriche, aux Pays-Bas et en Allemagne les orchestres sont meilleurs, mais je crois qu'il y a peu d'opéras au monde qui offrent une programmation aussi variée et intéressante que Bastille, avec des piliers du répertoire, des opéras moins connus et des redécouvertes. Le baroque est le parent pauvre, mais d'autres salles parisiennes s'en chargent, donc tout va bien.

Les distributions sont très bonnes et intéressantes, les mises en scènes variées, parfois classiques, parfois "d'avant garde" mais le niveau est constamment très haut. J'espère que la nouvelle direction sera à la hauteur des saisons de Gérard Mortier, qui offre au public du grand luxe (avec un discours militant d'ouverture de l'opéra pour tous les publics, mais qui me paraît peu suivi d'effets). En tout cas, je pense qu'il n'y a qu'à Londres ou à Amsterdam que les saisons sont aussi enthousiasmantes.

Photo : Mireille Delunsch survivra t'elle a l'étreinte de Ben Heppner ?


Ce Lohengrin de Wagner était bien alléchant, avec une distribution qui comprenait deux des plus grandes stars du chant wagnerien aujourd'hui : Ben Heppner et Waltraud Meier dans les rôles de Lohengrin et Ortrud, ainsi que de l'expérimentation : Mireille Delunsch dans le rôle d'Elsa, avec une voix plus lyrique/légère et moins dramatique que celle des chanteuses habituellement distribuées dans ce rôle.

Vocalement c'était donc attirant, avec en prime la direction de Valery Gergiev, qui a la réputation d'être un des meilleurs chefs wagneriens actuels. Et la mise en scène rodée de Robert Carsen qui avait bonne presse.

Je me suis donc précipité à cette production avec un couple d'amis (comprenant un wagnérien psychopathe. De toutes façons, vu les langues parlées dans les travées de Bastille ce soir là, une bonne partie des wagnériens psychopathes de toute l'Europe étaient manifestement présents à l'appel de la belle Waltraud Meier).

Un petit froid pour commencer, Valery Gergiev est annoncé souffrant ce 2 juin, Michael Güttler, un jeune chef le remplace. Le froid semble d'ailleurs installé entre la direction de l'opéra et Gergiev, le chef de Saint Petersbourg avait déjà annulé une représentation pour retard d'avion et une autre pour éthylisme avancé, selon la rumeur. Ce soir il est annoncé souffrant.

Pour moi, le spectacle a tenu toutes ses promesses, et ceux qui font la fine bouche sont quand même bien gâtés.

L'histoire est celle de la pauvre princesse Elsa von Brabant, accusée de la disparition de son frère par un couple aspirant au trône, le fougueux Friedrich von Telramund et la manipulatrice Ortrud. Heureusement, alors que tout semble compromis, apparaît un mystérieux chevalier dont l'attelage est tiré par un cygne, et qui prend la défense d'Elsa. L'opéra raconte cette lutte pour le pouvoir, entre ces deux clans rivaux, Ortrud incarnant les religions anciennes et Elsa le christiannisme.

Bon, c'est du Wagner, ce qui veut dire que ça part un peu dans tous les sens, mais l'histoire se suit sans problème. La musique n'est pas ma préférée de Wagner, encore très influencée de grand opéra français et l'opéra italien, et qui n'est pas encore totalement le "vrai" Wagner, qui va se dévoiler avec la Tétralogie à venir. Mais l'acte II est une splendeur de lyrisme, avec une certaine finesse psychologique des personnages.

Evidemment, le personnage fascinant est la méchante Ortrud, rusée et manipulatrice, mais aussi révoltée sincère. Omniprésente, elle mène l'action de l'opéra - et dirige comme elle le veut la pauvre Elsa qui fait une gentille un peu cruche.

Pourtant, pour une fois, le héros masculin Lohengrin a un peu de répondant, pour un héros wagnérien - d'habitude le héros wagnérien est très grand, très fort et très très bête. Là, il est très grand, très fort, très très bête, mais pour une raison obscure il semble avoir tout prévu. C'est un aigle chez les héros wagneriens - tout est relatif, mais comparé à Siegfried, Tristan ou Parsifal, c'est carrément un intello. Le Bernard Henri Levy des héros wagneriens, en quelque sorte. Même des fois il dit des trucs intelligents. Mais vaguement intelligents, hein, faut pas trop en attendre non plus...

La fascination exercée par Ortrud est brillamment incarnée par Waltraud Meier, qui est à la hauteur de sa légende ce soir. Enormément de nuances et grand jeu d'actrice, elle capte l'attention dès quelle arrive sur scène, c'est assez étonnant. Et puis quelle voix ! Impossible de ne pas être fasciné.

Mireille Delunsch incarne elle une Elsa fragile, en proie au doute, et qui ne peut même pas se reposer sur son héros Lohengrin, si mystérieux (et vraiment très très très bête, quand même, faut pas oublier). Dramatiquement, ça fonctionne vraiment bien.

Ben Heppner a une voix splendide dans le rôle de Lohengrin, il est moins bon acteur que les 2 femmes principales et reste un peu figé à chanter, mais le rôle veut ça. Par contre, toutes les nuances sont dans la voix. Le couple Elsa/Lohengrin est assorti finalement, même si Ben Heppner fait bien 5 fois le poids de la pauvre Mireille Delunsch.


Photo : Waltraud Meier complote de son côté. Vu le niveau de ses adversaires, tout devrait bien se passer pour elle.

J'ai trouvé l'orchestre de l'opéra de Paris bon et bien dirigé, par contre les choeurs sont un peu flottants - mais ils incarnent la foule, et c'est bien connu la foule est indisciplinée - donc ça rajoute au réalisme ;)

A propos de réalisme, la mise en scène de Carsen est pas mal, elle ne dénature pas l'histoire, le blockaus nazi de toute mise en scène d'opéra d'avant garde qui se respecte, mais avec incrustations d'élements littéraux kitschissime (le cygne). Assez sympa à suivre, avec une bonne direction d'acteurs.

Bref, Lou Ravi de retour de l'opéra.


Photo : Happy End. Mireille Delunsch a survécu.

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